VIBRATION n°80 - février 2006
Lionel Loueke - « In a Trance » Space Time BG 2524
Il y a du vaudou dans les envoûtements rythmiques et mélodiques de la guitare du Béninois, de la magie blanche dans sa voix.
Ça commence par une sublime ballade douce-amère. Ça continue par une courte pièce plus abstraite, avant de repartir sur une mélodie tout en rythmiques. Avec In a Trance, Lionel Loueke réussit un disque aux contours infinis. Sa guitare prend des faux airs de sanza, de basse chaloupée, de blues rural, de dobro vaudou, de folk joyeux, de jazz soyeux. Il la frappe comme une percussion, la met en boucle à l’aide d’un sampler…Il peut aussi la troquer pour un saz, qui invite à oublier la virtuosité sans perdre une once de son originalité. Et par-dessus, sa voix flotte avec une élégance définitive. «Lionel Loueke est un musicien vraiment unique. Difficile de croire que tout ce que vous entendez sort de sa guitare et de son imagination ! ».Le compliment, signé Herbie Hancock, n’est en rien usurpé. Dire qu’il s’agit là de son premier disque. Cinquante minutes enregistrées d’un jet ! Herbie hancock n’est pas le seul à bénéficier des services de Lionel Loueke : Avishai Cohen, Charlie Haden et Kenny Garrett l’ont aussi retenur, Terence Blanchard est son premier fan, décelant en lui « l’une des voix les plus inovantes du jazz ». A réécouter le récent Flow du trompettiste, on mesure l’apport du guitariste, né au Bénin en 1973. C’est-à-dire dans l’un des sanctuaires du vaudou où ce New-Yorkais retourne régulièrement. Avant d’atterrir à la Mecque du jazz, Lionel Loueke a grandi dans un environnement musical, avec « un grand-père guitariste amateur, et un frère comme premier prof ». Ce n’est qu’à 17 ans après avoir tâté de la percussion, dont il avoue conserver « un sens rythmique sur la guitare et une manière de déplacer les phrases harmoniques ou mélodiques », qu’il prend le manche et la tangente. En 1990, il part pour Abidjan, histoire de se perfectionner. L’étape suivante sera l’American School of Modern Music de Paris, où il débarque en 1994, dont il ressort dûment diplômé. Il s’envole illico vers Boston, dans la sacro-sainte Berklee. « Paris est un passage presque obligé pour tout musicien. Mais la capitale de la musique, c’est New York : il y a de tout, mais en plus grand. » D’autant plus quand on a choisit la voie du jazz, « la seule musique improvisée qui existe dans le monde entier. Quand je parle d’improvisation, je pense aux griots africains qui improvisent sur le champ, comme Louis ou Ella… » Toujours est-il que depuis, l’apprenti guitariste est devenu aussi un maître chanteur. Le sideman de plus en plus demandé est en passe de s’affirmer comme un leader ultra-recommandé… Plus que tout le reste, c’est son disque en solo qui le présente de la plus juste des manières. Jusque dans son titre, «In a Trance», qui va au-delà des questions de style. « La transe fait partie de ma culture. J’associe cela à l’improvisation surtout quand je parviens à un niveau élevé de oncentration où j’ai la sensation de décoller. Alors le temps comme on le mesure sur terre n’existe plus.»
Jacques Denis
TELERAMA n° 2922 – 11 jan. 2006
Lionel Loueke- In a Trance (4 ffff) Space Time BG 2524
Lionel Loueke, ce guitariste béninois en passe de devenir une étoile de la musique, on aurait pu le découvrir à Paris : au sortir de l’American School of Modern Music. Loueke avait 20 ans, il s’était converti au jazz en écoutant Wes Montgomery, Joe Pass, George Benson. Sans abandonner ses racines.
L’Afrique de L’Ouest vivait en lui, pulsait avec cette invraisemblable complexité des rythmes qui nous paraît si naturelle… Hancock l’engagera. Son disque solo, In a Trance, enregistré en studio sans overdubs mais avec de riches effets de pédales, laisse pantois. Cette guitare qui passe d’une mélodie d’enfance chantée avec un charme de griot (A prayer for peace) à des explorations free, qui joue des accords aux enchaînements surprenants, aux dissonances subtiles, elle ne promet rien, elle tient.
Michel Contat
JAZZMAN n° 118 – Nov. 2005
Lionel Loueke - In a Trance (4 ****) Space Time BG 2524
Frôle le Choc. Premier album: un solo! Pour un guitariste, c’est placer la barre tout en haut. Le Béninois vit à New York et quelques majors lui font les yeux doux depuis qu’il a été repéré (et embauché) par Herbie Hancock, Wayne Shorter, Terence Blanchard, Sting et quelques autres … Rien à faire, il voulait d’abord sortir cette bande qui attendait depuis plus d’un an. Plus qu’un autoportrait de guitariste qui privilégierait l’acoustique, il s’agit indéniablement d’un acte d’indépendance d’un musicien insolemment original. Sans renier le moins du monde ses racines africaines (l’imbrication de la voix et des percussions sur le corps de la guitare, l’utilisation du saz comme une sanza …), Lionel Loueke laisse deviner qu’il a écouté Derek Bailey autant que le blues, Jim Hall comme Munir Bachir ! En douze pièces, il installe autant de climats, s’amuse à déjouer l’approche « normale » de l’instrument en sollicitant des cordes à vide ou par des attaques totalement mates pour mieux suggérer une pulsation, une mélopée. Chez lui, le rythme est totalement imbriqué à la phrase, à la dynamique. Il donne à la guitare un souffle percussif qui crée un mouvement d’ensemble, un flux zébré de surprises, comme autant d’épines sonores. L’acte de naissance d’un futur très grand
Alex Dutilh
LE MONDE DE LA MUSIQUE n° 305 – Décembre 2005
Lionel Loueke - « In a Trance » (4 ****) Space Time BG 2524
Le guitariste béninois Lionel Loueke pourrait être sur le chemin déjà emprunté par le bassiste électrique camerounais Richard Bona. Chez l’un comme l’autre, on ne sait qui, du chanteur ou de l’instrumentiste, relève de l’exception. Après avoir évolué sur le terrain du jazz, Richard Bona s’est déplacé vers le domaine d’une chanson d’inspiration africaine. C’est ce qui semble bien s’annoncer chez Loueke, découvert auprès du trompettiste Terence Blanchard. En solo sur In a Trance, le séquenceur superpose ses phrases instrumentales complétées de percussions jouées sur les cordes ou le bois de la guitare. Celle-ci est souvent doublée à la voix ou accompagne de véritables chansons.
L’art de Loueke métisse sans hiatus rondeurs et angularités mélodiques, traditions de l’Afrique de l’Ouest et quatre coins du monde guitaristique tel qu’il s’étend de Wes Montgomery à Marc Ducret et de Leo Brouwer à Ralph Towner. Les prochains rendez-vous de Lionel Loueke seront-ils à prendre sous le label du jazz ou celui des musiques du monde, voire des chansons ? Le disque Gilfema (ObliqSound-Abeillemusique.com), où Massimo Biocatti et Ferenc Nemeth réinventent le tandem contrebasse-batterie au contact de cet art du griot, plaide paradoxalement pour la seconde hypothèse.
François Marinot
JAZZMAG n° 565 – Décembre 2005
IN A TRANCE / Space Time Records BG 2524
Lionel le guitariste et Loueke le chanteur ne font qu’un : le chant du premier est l’écho enchanté du jeu du second, et inversement. Bref, cette véritable révélation risque de se tailler une part de lion dans l’actualité jazz des prochaines années, tant son univers risque de séduire tout autant ceux qui aiment la belle guitare débordant de musicalité, sonnant de manière inouïe et dont tout corps est sollicité (nous avons affaire à une manière de « virtuose discret » toujours au service de la musique) que ceux qui recherchent – un peu désespérément parfois …- un soupçon d’originalité dans la jazzosphère. Avec ces deux disques – l’un en trio, l’autre en solo- Loueke installe le décor, tout en demi-teintes pastel, ombres douces et lumières chaleureuses. Il y a quelque chose de fort et d’apaisé dans sa musique, cœur d’Africain (d’origine béninoise) élevé aux rigueurs libertaires du jazz afro-américains. C’est profondément original, naturellement « world » , très généreux et, en plus, on sent que son univers est en expansion. C’est le début du big bang Loueke : ne le manquez surtout pas !
Juliette Barnel
JAZZ NOTES – Décembre 2005 / Janvier 2006
IN A TRANCE / Space Time Records BG 2524
Il ne fallait pas moins le label Space Time pour annoncer l’avènement du big-bang Loueke. Classiquement, le monde occidental donne l’heure et les africains prennent le temps. Le guitariste béninois est le premier musicien africain à posséder, et le temps et l’heure ! Ses employeurs prestigieux ne s’y sont pas trompés et Herbie Hancock signe le livret de l’album : «Lionel Loueke est un instrumentiste vraiment unique. Difficile de croire que tout ce que vous entendez sort de sa guitare et de son imagination ! ». En tout cas, cet album est l’épure d’un art où le jeu instrumental jamais ne se départit de la voix, un art à la fois instinctif, magique, mélopéen et profond. Au-delà du thème titre, In a Trance, nous avons particulièrement apprécié Fifa pour sa haute voltige (l’heure) et Okagbe où le temps suspend son vol (le temps). Intervient alors la question superfétatoire : est-ce plus world que jazz ? On s’en moque et pour paraphraser Monk : le jazz va où il veut ! Cet album est la déclaration d’un grand musicien qui nous dit avec force et simplicité: « je m’appelle Lionel Loueke, guitariste et (en)chanteur , et voici mon univers musical ». Album indispensable, cela va de soit !
Philippe Condrieu